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Fiche conseil · 7 min de lecture

PERT, Gantt et chemin de fer : trois plannings, trois usages

Beaucoup d’entreprises appellent « planning » un diagramme à barres sans aucun lien entre les tâches. C’est un calendrier, pas un planning. Voici ce que les trois représentations apportent réellement, et laquelle sert à quoi.

Trois conducteurs de travaux devant un planning de chantier affiché au mur dans une base vie
Trois conducteurs de travaux devant un planning de chantier affiché au mur dans une base vie.

Un calendrier n’est pas un planning

La différence tient en un mot : les liens. Un calendrier pose des barres à des dates choisies à la main. Un planning décrit des dépendances entre les tâches, et laisse le calcul décider des dates.

La conséquence est immédiate. Dans un calendrier, si une tâche glisse d’une semaine, rien ne bouge : il faut repousser les suivantes une par une, et personne ne le fait. Dans un planning, la tâche glisse et tout ce qui en dépend se replace automatiquement. On voit tout de suite si la date de livraison tient ou non.

C’est pour cette raison qu’un planning non lié finit toujours par mentir, souvent dès la troisième semaine.

Le réseau PERT : la logique, pas les dates

Le PERT représente les tâches et leurs liens sous forme de réseau. Il répond à une seule question, mais c’est la bonne : qu’est-ce qui empêche quoi ?

Quatre types de liens suffisent à décrire à peu près n’importe quel chantier :

  • Fin-Début : la seconde commence quand la première est finie. Le cas général.
  • Début-Début : les deux démarrent ensemble, souvent avec un décalage. Utile pour le second œuvre qui suit une trame.
  • Fin-Fin : les deux doivent se terminer ensemble.
  • Début-Fin : rare, et souvent le signe qu’on a mal découpé.

Un décalage s’ajoute au lien : le délai de séchage d’une dalle n’est pas une tâche, c’est un décalage de sept jours sur le lien.

Chemin critique, marge totale, marge libre

Une fois le réseau posé, le calcul donne trois choses que personne ne peut deviner à l’œil.

Le chemin critique est la suite de tâches la plus longue du réseau. Sa durée est la durée du chantier. Toute tâche critique qui glisse d’un jour décale la livraison d’un jour. C’est là, et nulle part ailleurs, qu’il faut mettre les moyens.

La marge totale d’une tâche est le retard qu’elle peut prendre sans repousser la fin du chantier. La marge libre est le retard qu’elle peut prendre sans gêner la tâche qui la suit immédiatement.

La distinction n’est pas théorique. Une tâche avec quinze jours de marge totale mais zéro marge libre va bloquer son successeur dès le premier jour de retard, même si la livraison finale n’est pas menacée. En réunion, c’est exactement la situation qu’on n’arrive pas à expliquer sans le chiffre.

Le Gantt : la restitution, pas la réflexion

Le diagramme de Gantt est la mise à plat calendaire du réseau. Une barre par tâche, le temps en abscisse. Il est excellent pour communiquer et mauvais pour réfléchir : il montre quand, il ne montre pas pourquoi.

Un Gantt se lit en réunion de chantier, s’affiche en base vie, se transmet au maître d’ouvrage. Mais c’est le PERT qui a produit les dates, et c’est lui qu’il faut rouvrir quand il faut arbitrer.

Le chemin de fer : pour ce qui se répète

Le chemin de fer, ou planning linéaire, est la représentation la plus utile et la moins utilisée. Il porte l’espace en ordonnée — les niveaux d’un bâtiment, le linéaire d’une voirie, les cages d’escalier — et le temps en abscisse. Chaque corps d’état devient une ligne oblique dont la pente est sa cadence.

Ce que le Gantt ne montre jamais et que le chemin de fer montre d’un seul regard :

  • Les croisements entre deux corps d’état, c’est-à-dire les endroits où deux équipes se retrouvent au même niveau au même moment.
  • Les ruptures de cadence : une ligne qui s’aplatit, c’est une équipe qui ralentit ou qui attend.
  • Les zones mortes : un niveau où personne ne travaille pendant trois semaines.

Sur un bâtiment de logements, un immeuble de bureaux ou un linéaire de réseaux, c’est la représentation qui fait gagner le plus de temps en préparation. C’est aussi celle qui rend visible le nivellement de charge cher au Lean Construction.

Les quatre erreurs qui reviennent

1. Un planning sans liens

Déjà dit, mais c’est de loin la plus fréquente. Si le fichier ne contient aucune dépendance, le premier aléa le périme.

2. Tout mettre en Début-Début avec décalage

C’est confortable à saisir et ça produit un planning qui ne réagit pas correctement. Un Début-Début avec décalage dit « commence dix jours après l’autre », pas « commence quand l’autre a fini ». Si la première tâche dure trois semaines de plus, la seconde démarre quand même.

3. Zéro marge partout

Un planning où toutes les tâches sont critiques n’est pas un planning tendu, c’est un planning faux. Sur un chantier réel, une partie des tâches a de la marge. Si le calcul n’en trouve aucune, c’est que les durées ont été ajustées pour tomber sur la date voulue.

4. Ne jamais le remettre à jour

Un planning se met à jour avec l’avancement réel, pas avec les dates qu’on aurait aimé tenir. Saisir l’avancé à date, laisser le calcul reprojeter, et accepter le résultat même s’il est désagréable : c’est tout l’intérêt de l’outil. Un planning mis à jour une fois par mois sert ; mis à jour une fois par trimestre, il décore.

Ce qu’il faut garder

  • Le PERT pour construire et arbitrer, le Gantt pour communiquer, le chemin de fer pour tout ce qui se répète.
  • Le chemin critique désigne où mettre les moyens ; les marges disent où l’on peut respirer.
  • Marge totale et marge libre ne racontent pas la même histoire — c’est la libre qui déclenche les conflits de co-activité.
  • Un planning qu’on ne met pas à jour n’est plus un outil de pilotage au bout d’un mois.

PROMACEO construit le réseau de tâches, calcule le chemin critique et les marges, puis restitue le résultat en Gantt ou en chemin de fer, sans ressaisie.

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Cette fiche est un repère méthodologique rédigé à partir de la pratique de terrain. Elle ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil réglementaire, et ne dispense pas de lire les pièces de votre marché ni de consulter un professionnel compétent sur votre situation.