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Fiche conseil · 7 min de lecture

Réception des travaux et levée des réserves : l’acte qui déclenche tout

La réception est l’acte le plus lourd de conséquences de tout le chantier, et c’est souvent celui qu’on expédie en une heure. Elle fait basculer la garde de l’ouvrage, démarre toutes les garanties et conditionne le paiement du solde.

Technicien relevant des réserves sur une liste papier dans un logement neuf en cours de livraison
Technicien relevant des réserves sur une liste papier dans un logement neuf en cours de livraison.

Ce que la réception change, le jour même

La réception est l’acte par lequel le maître d’ouvrage déclare accepter l’ouvrage, avec ou sans réserves. Elle est unique, et elle est contradictoire.

Le jour où elle est prononcée, quatre choses basculent :

  • La garde de l’ouvrage passe au maître d’ouvrage. Les dégradations postérieures ne sont plus à la charge des entreprises.
  • Les garanties légales démarrent : parfait achèvement, bon fonctionnement, décennale.
  • Le solde devient exigible, sous réserve de la retenue de garantie et du décompte.
  • Les pénalités de retard cessent de courir.

C’est pour cette raison qu’une prise de possession sans réception est dangereuse pour tout le monde : le maître d’ouvrage occupe sans que les garanties aient démarré, et l’entreprise reste gardienne d’un ouvrage qu’elle ne maîtrise plus.

Les trois garanties, et ce qu’elles couvrent

Le code civil organise trois garanties qui partent toutes de la réception.

La garantie de parfait achèvement dure un an. Elle oblige l’entreprise à reprendre tous les désordres signalés, qu’ils aient été réservés le jour de la réception ou constatés pendant l’année qui suit. C’est la plus large : elle ne distingue pas la gravité.

La garantie de bon fonctionnement, dite biennale, dure deux ans et porte sur les éléments d’équipement dissociables de l’ouvrage — ce qu’on peut déposer sans détériorer.

La garantie décennale dure dix ans. Elle couvre les désordres qui compromettent la solidité de l’ouvrage ou le rendent impropre à sa destination. Elle est d’ordre public et adossée à l’assurance obligatoire.

Ces trois régimes figurent aux articles 1792 et suivants du code civil. Ils se superposent : un désordre peut relever de deux d’entre eux.

Le procès-verbal : ce qui doit y figurer

Un PV de réception n’est pas une formalité. Il doit porter :

  • La date de la réception, qui est la date d’effet des garanties — y compris si elle est rétroactive, ce qui doit alors être écrit.
  • La décision : réception prononcée, prononcée avec réserves, ou refusée.
  • La liste des réserves, lot par lot, localisée.
  • Le délai de levée accordé pour chacune, ou un délai global.
  • Les signatures du maître d’ouvrage et de l’entreprise, et la mention de ceux qui ont refusé de signer.

Une réserve formulée « peinture à reprendre » sans local et sans description ne sera levée par personne, et elle se retournera contre celui qui l’a écrite.

La levée des réserves, en pratique

Une réserve se lève en trois temps : l’entreprise exécute, elle demande la levée par écrit, et le maître d’ouvrage constate. Tant que le constat n’est pas fait, la réserve reste ouverte — même si les travaux sont terminés depuis un mois.

Si l’entreprise ne fait rien dans le délai, le maître d’ouvrage la met en demeure. En l’absence de réaction, il peut faire exécuter par un tiers aux frais de l’entreprise défaillante, selon les modalités prévues au marché ou au CCAG applicable.

À l’inverse, un maître d’ouvrage qui ne constate jamais les levées bloque la retenue de garantie, en général de 5 %, et la restitution de la caution qui la remplace. Ce blocage est une cause de contentieux au moins aussi fréquente que les désordres eux-mêmes.

Les erreurs qui coûtent

Réceptionner lot par lot sans le dire

La réception est un acte unique portant sur l’ouvrage. Des réceptions partielles sont possibles, mais elles doivent être expressément prévues, et chacune démarre ses propres délais. Les improviser crée une situation où personne ne sait quelle garantie court depuis quand.

Confondre réserve et désordre caché

Une réserve porte sur ce qui est apparent le jour de la réception. Ce qui n’était pas visible relève des garanties, pas des réserves. Formuler une réserve générale « sous réserve des vices cachés » n’a aucune portée.

Laisser le DGD traîner

Le décompte général et définitif clôt financièrement le marché. Tant qu’il n’est pas établi, les comptes restent ouverts, avec les intérêts moratoires et les réclamations qui vont avec. Le marché fixe des délais pour le produire et pour le contester — les laisser passer fait perdre des droits, dans les deux sens.

Ce qu’il faut garder

  • Pas de prise de possession sans réception écrite : c’est la date qui fait courir tous les délais.
  • Des réserves localisées et descriptives, avec un délai de levée par réserve ou un délai global.
  • La levée se constate par écrit ; sans constat, la réserve reste ouverte et la retenue reste bloquée.
  • Parfait achèvement un an, bon fonctionnement deux ans, décennale dix ans, toutes à compter du même jour.

PROMACEO tient la liste des réserves par lot et par local, suit les levées avec leur date et leur preuve, et sort l’état des réserves restantes à n’importe quel moment.

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Cette fiche est un repère méthodologique rédigé à partir de la pratique de terrain. Elle ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil réglementaire, et ne dispense pas de lire les pièces de votre marché ni de consulter un professionnel compétent sur votre situation.