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Fiche conseil · 7 min de lecture

Thermographie d’armoire : ce qu’elle voit, ce qu’elle ne voit pas

La caméra ne mesure pas une température : elle mesure un rayonnement qu’elle convertit. Sans charge représentative, sans émissivité correcte et sans point de comparaison, le résultat est une jolie image sans valeur de preuve.

Vue visible et vue infrarouge d’un jeu de cosses de raccordement, dont une nettement plus chaude
Vue visible et vue infrarouge d’un jeu de cosses de raccordement, dont une nettement plus chaude.

Ce qu’un échauffement révèle

Un point chaud dans une armoire a presque toujours l’une de ces quatre causes :

  • Une connexion desserrée ou oxydée : la résistance de contact augmente, et la puissance dissipée avec elle. C’est le cas le plus fréquent et le plus dangereux, parce qu’il s’aggrave tout seul.
  • Un déséquilibre entre phases : une phase nettement plus chaude que ses homologues signale une répartition de charge défectueuse, pas forcément un défaut de connexion.
  • Une surcharge : tout le départ chauffe uniformément, câbles compris.
  • Un appareil en fin de vie : contacts de contacteur piqués, fusible fatigué, disjoncteur dont les contacts se dégradent.

Distinguer ces cas demande de regarder l’ensemble du départ, pas seulement le pixel le plus chaud.

Les conditions sans lesquelles le relevé ne vaut rien

La charge

C’est la condition principale, et celle qu’on sacrifie le plus souvent. Un défaut de connexion ne chauffe que s’il est parcouru par du courant. Une armoire relevée à 10 % de charge peut paraître parfaitement saine et griller trois semaines plus tard en pleine production.

La pratique courante retient une charge d’au moins 40 à 50 % du courant nominal pour que le relevé soit exploitable, et la valeur réelle doit figurer au rapport. Un relevé fait sous charge insuffisante doit être annoncé comme tel, ou refait.

L’accès au rayonnement

L’infrarouge ne traverse ni le plastique, ni le verre ordinaire, ni une porte métallique. Mesurer capot fermé revient à mesurer la température du capot. Il faut donc ouvrir — avec les habilitations et les protections que cela suppose — ou disposer de hublots infrarouges en cristal transparent à ces longueurs d’onde, posés à demeure.

Le hublot est la solution propre : il permet de relever sous tension sans ouverture, à condition de renseigner sa transmittance dans l’appareil.

L’émissivité

La caméra convertit un rayonnement en température à partir d’un coefficient d’émissivité. Un cuivre nu brillant émet très peu — autour de 0,05 — et apparaîtra froid alors qu’il est brûlant. Un isolant mat émet beaucoup, autour de 0,9 à 0,95.

Conséquence pratique : on vise de préférence les parties isolées ou peintes, pas le métal nu poli, et on règle l’émissivité en conséquence. Un rapport qui ne mentionne pas l’émissivité utilisée n’est pas vérifiable.

Lire un écart, pas une température

La température absolue d’une borne intéresse peu. Ce qui compte, ce sont deux écarts :

  • Le ΔT entre phases homologues : le même point sur les trois phases d’un même départ. C’est la comparaison la plus fiable, parce que toutes les conditions sont identiques.
  • Le ΔT par rapport à l’ambiant de l’armoire, utile quand il n’y a pas d’homologue — un neutre, un départ monophasé.

Les référentiels classent ensuite l’anomalie par gravité, du simple suivi à l’intervention immédiate. Les seuils varient d’un référentiel à l’autre : ce qui compte est d’annoncer celui qu’on applique, et de s’y tenir d’une campagne à l’autre pour que les relevés restent comparables.

Ce que la thermographie ne voit pas

C’est la partie que les rapports oublient, et c’est pourtant celle qui protège l’intervenant.

  • Un défaut qui ne dissipe pas : isolant vieilli, amorçage naissant, défaut diélectrique. Rien ne chauffe, rien ne se voit.
  • Un défaut interne à l’appareil, derrière une enveloppe moulée. La chaleur met du temps à ressortir et se diffuse.
  • Un desserrage récent qui n’a pas encore produit d’oxydation suffisante.
  • Ce qui se passe hors du moment du relevé : un défaut qui n’apparaît qu’au démarrage d’une machine ne sera pas vu si la machine est à l’arrêt.

Une thermographie ne remplace donc ni la vérification périodique réglementaire, ni le contrôle de serrage au couple, ni les mesures électriques. Elle les complète, et elle est excellente pour cela.

Ce qui est demandé par les assureurs

De nombreux assureurs imposent une vérification thermographique périodique des installations électriques et en demandent le compte rendu — le document connu sous le nom de Q19, qui renvoie au référentiel du CNPP/APSAD. Les modalités, la périodicité et le format exigé figurent dans le contrat d’assurance, pas dans un texte réglementaire général.

Il faut donc lire la clause avant de commander la prestation : un rapport qui ne respecte pas le référentiel attendu peut être refusé, et la réduction de prime perdue.

Ce qu’il faut garder

  • Pas de charge représentative, pas de conclusion : la charge réelle figure au rapport.
  • L’infrarouge ne traverse pas les capots ; ouvrir ou poser des hublots, pas mesurer la porte.
  • Le cuivre nu paraît froid : régler l’émissivité et viser les parties mates.
  • Raisonner en écart entre phases homologues, avec le même référentiel d’une campagne à l’autre.
  • Une thermographie ne remplace ni la vérification périodique, ni le contrôle de serrage.

Cette fiche décrit une méthode. Toute intervention sur une installation sous tension relève d’un personnel habilité, avec les équipements de protection adaptés.

PROMACEO ELECTRIC garde le relevé d’armoire, les repères de chaque départ et les observations associées, de sorte que la campagne suivante se compare à la précédente plutôt que de repartir de zéro.

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Cette fiche est un repère méthodologique rédigé à partir de la pratique de terrain. Elle ne constitue ni un conseil juridique, ni un conseil réglementaire, et ne dispense pas de lire les pièces de votre marché ni de consulter un professionnel compétent sur votre situation.